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Zeev Sternhell : « En Israël, un fascisme croissant et un racisme à l’origine d’un nazisme naissant »

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Zeev Sternhell est un historien israélien connu pour ses travaux sur les origines et l’évolution de l’idéologie fasciste. Spécialiste controversé dans son milieu, il écrit cette fois-ci pour le Haaretz.com, l’édition numérique du journal israélien Haaretz. Voici la traduction de cet article.

« On peut se demander comment un historien percevra notre époque dans 50 ans ou 100 ans. Quand il demandera si les gens en Israël ont réalisé que l’Etat établi durant la guerre d’indépendance avait évolué en une monstruosité pour les habitants non-juifs. Quand les Israéliens ont-ils compris que leur cruauté et leur capacité à intimider les autres, Palestiniens ou Africains, ont commencé à endommager la légitimité morale de leur existence en tant qu’entité souveraine ?

La réponse, que pourrait fournir un historien, est incorporée aux actions menées par des membres du Knesset [parlement monocaméral de l’Etat d’Israël, NDLR] comme Miki Zohar et Bezalel Smotrich, et aux lois proposées par le ministre de la Justice Ayelet Shaked. La loi de l’État-nation, qui semble avoir été formulée par le pire des ultra-nationalistes d’Europe, était juste le commencement. Vu que la gauche n’a pas protesté contre durant les démonstrations du Boulevard Rothschild, elle a servi de premier clou pour le cercueil du vieux Israël, celui immortalisé par la Déclaration d’indépendance. Cette relique archéologique enseignera aux gens ce qu’Israël aurait pu devenir si sa société ne s’était pas désintégrée à cause de la destruction de sa morale entraînée par l’occupation et l’apartheid dans les territoires.

La gauche n’est plus capable de surmonter l’ultra-nationalisme toxique qui a évolué là-bas (…) Les interviewes de Haaretz organisées par Ravit Hecht avec Smotrich et Zohar (en décembre 2016 et octobre 2017) devraient être largement parsemées à travers tous les organes de presse en Israël et à travers le monde juif. Dans les deux, on observe non seulement un fascisme israélien croissant mais aussi un racisme à l’origine des premiers stades du nazisme.

Comme toute idéologie, la théorie de la race nazie s’est développée à travers les années. Au début, elle dépossédait les Juifs de leurs droits civils et humains. Il est possible que sans la deuxième guerre mondiale le « problème juif » aurait pris fin uniquement avec l’expulsion « volontaire » des Juifs des territoires du Reich. Après tout, la majorité des Juifs d’Autriche et d’Allemagne ont survécu dans le temps. Il est possible que ce soit le futur auquel feront face les Palestiniens.

En effet, Smotrich et Zohar ne souhaitent pas blesser physiquement les Palestiniens, à la condition qu’ils ne se rebellent pas contre les maîtres juifs. Ils souhaitent seulement les déposséder de leurs droits fondamentaux, comme la souveraineté de leur propre État et le maintien de leur liberté face à l’oppression, ou des droits d’égalité en cas de territoires officiellement annexés à Israël. Pour ces deux représentants de la majorité du Knesset, les Palestiniens sont condamnés à rester sous l’occupation indéfiniment. (…) Le raisonnement est simple : les Arabes ne sont pas juifs, alors ils ne peuvent pas demander l’appropriation de n’importe quelle parcelle de terre qui avait été promise aux Juifs.

Selon les concepts de Smotrich, Zohar et Shaked, un Juif de Brooklyn qui n’a jamais mis les pieds dans ce pays est un propriétaire légitime de ce territoire, alors qu’un Palestinien qui a eu de la famille là-bas pendant des générations est un étranger, vivant par la grâce des Juifs. « Un Palestinien, dit Zohar à Hecht, n’a aucun droit à l’autodétermination nationale car il ne possède pas de territoire dans ce pays. Par décence, je l’accepte en tant que résident, parce qu’il est né ici et vit ici – je ne lui dirai pas de partir. Je suis désolé de dire ça mais ils possèdent un énorme désavantage – ils ne sont pas nés juifs ».

A partir de ce témoignage, on peut croire que même si ils se convertissent (…) ça n’aiderait en rien. C’est la même situation pour les demandeurs d’asile soudanais et érythréens et leurs enfants, qui sont israéliens à tous égards. C’était comme ça avec les Nazis. Puis l’apartheid, qui pourrait s’appliquer sous certaines circonstances aux Arabes qui sont citoyens d’Israël. La plupart des Israéliens ne semblent pas inquiets. »

« In Israel, growing fascim and a racism akin to early Nazism« , Zeev Sternhell

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