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Entretien avec Trésor Makunda, athlète paralympique, multi-médaillé (jeux d’Athènes 2004, de Pékin 2008 et de Londres 2012).

Pouvez-vous nous raconter votre histoire ?

Je suis née au Zaïre. À l’âge de 3 ans, mes parents se sont rendus compte que j’avais un problème de vue, car je n’arrivais pas à éviter les obstacles et je me cognais partout. Mon père, médecin généraliste a essayé de me soigner mais rien n’y faisait. Le problème persistait. Ma famille a décidé de venir en France pour me soigner. Le verdict des spécialistes est tombé : une cataracte bien infectée. Et, cela s’est transformé en une rétinopathie. J’ai été diagnostiqué déficient visuel catégorie T11 (Ndlr: cécité totale, l’athlète doit courir avec un guide).

Comment est née votre passion pour le sport ? 

Depuis tout jeune, j’aime le sport. Je jouais avec mon frère et mes amis qui adoraient le sport. Vous savez, quand on est jeune, on veut tout faire comme son « idole ». Le mien était Carl Lewis. Je voulais absolument tout faire comme lui. Et, c’est de cette façon que j’ai dessiné mon objectif. Je voulais courir comme lui, à sa vitesse et surtout devenir champion. Je ne savais pas que mon handicap allait être un obstacle. En fait, je ne savais même pas que le Handisport existait, tout ce que je savais, c’était que je voulais devenir un Carl Lewis (rire).

Avez-vous rencontré des obstacles ?

Durant mon enfance, j’ai toujours été protégé par mon caractère et mon physique. Mes parents ont toujours joué le rôle de parents universels. Ils n’ont jamais fait de différence entre mes frères et soeurs et moi. On avait tous le même droit de rêver. Ils ne m’ont jamais dit que je ne pouvais pas réussir parce que je suis handicapé.

Avec mes copains, on ne regardait pas cette différence. On essayait systématiquement d’adapter le jeu à mon handicap.

Mais, la situation s’est compliquée quand j’ai voulu démarré mon histoire sportive pour atteindre mon objectif. C’est à ce moment que je m’étais rendu compte que je n’étais pas comme les autres.

Quand j’avais 12 ans, je me souviens, mon frère s’était inscrit dans le foot. Mes amis, eux, allaient au Basket. Et moi, j’essayais de trouver un club qui puisse m’accepter malgré ma différence. J’avais toujours le droit à la même réponse « on vous rappelle ». Mais rien, aucun retour. Mon entrée dans le monde adulte a été douloureuse. J’avais réalisé que dans ce monde, je n’avais pas ma place car j’étais rejeté à cause de mon handicap. Heureusement, un club m’a accordé une chance. Après dix refus, j’ai eu une réponse positive. Ils avaient remarqué ma motivation.

Pendant trois ans, j’ai vu des portes se fermaient à moi. Mais, comme on dit, la roue tourne. Aujourd’hui, ces mêmes clubs souhaitent m’avoir. Mais, cela a été dur, quand on est petit, on ne comprend pas ce qui se passe.

C’est en rentrant dans le monde des adultes, que j’ai rencontré la discrimination.

Quel a été votre rapport avec la discrimination vécue ? 

La discrimination m’a permis de me prouver à moi-même, d’abord, que j’étais quelqu’un qui était capable de réussir. Dans le regard des autres, j’avais l’impression que je n’étais pas capable, que je ne pouvais pas réaliser mon rêve. Mais, j’ai réussi à leur prouver qu’ils avaient tort, que je pouvais atteindre mon objectif.

Dans la vie, soit, on gagne, soit on apprend. Grâce à cette discrimination, je me suis forgé un mental très fort que ce soit dans le sport ou dans les autres domaines de la vie. La discrimination m’a été bénéfique. Elle m’a permis de me donner l’envie de réussir.

En fait, c’est tout simple, pour se protéger du regard des autres et de la discrimination, il faut réussir. C’est comme une épée de Damoclès constante au-dessus de notre tête.

Avez-vous remarqué une évolution dans le sport ? 

Dans le Handisport, il y a une nette progression. Aujourd’hui, tous les clubs essaient de se montrer ouverts aux handicapés car ça répond à une certaine éthique. « Ça fait bien ». On est dans le mouvement de l’intégration. Mais ça reste trop timide. Pour l’instant, l’athlète paralympique n’est pas une icône de rêve. C’est aussi la faute des médias. Ils ne nous voient pas comme les « autres ». Les médias mainstream participent à l’entretien de cette discrimination car le Handisport n’a pas une visibilité correct tout comme le sport féminin d’ailleurs.

Comment surmonter la discrimination ? 

Il faut être très bien entouré. J’ai été super bien entouré par mes amis, mes professeurs, mes parents. Il faut considérer que c’est un droit de pouvoir réussir, de pouvoir rêver. Il faut que les parents aient ce rôle de moteur car c’est le premier pôle de sociabilisation. La famille ne doit pas baisser les bras.

Soit on se laisse noyer, soit on se bat ! Il faut prendre cette discrimination comme quelque chose de positif, il faut l’utiliser comme une arme de combat.

Il faut leur dire « vous me fermez la porte, eh bah, je ferais tout pour l’ouvrir. Vous ne voulez pas de moi ? Pas grave, j’irai voir ailleurs. » Il faut être déterminé, utiliser la force de l’adversaire pour en faire sa propre force.

 

 

 

Crédit photo : Association en route vers Tokyo

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