Accueil Aux 4 coins du monde « La discrimination est surmontable »

« La discrimination est surmontable »

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Entretien avec Dima Sawaf, psychologue spécialisée en neuropsychologie.

Pouvez-vous nous expliquer quels sont les impacts psychologiques possibles sur une victime de discrimination ? 

Plusieurs études faites aux États-Unis ont démontré que le racisme peut avoir des répercussions physiques et psychologiques sur la victime. La discrimination est, par définition, un phénomène social. Cela va donc engendrer des conséquences sociales, à différents niveaux. Au niveau sociétal, la discrimination institutionnalisée peut mener à une différenciation socio-économique (logement, accès à l’emploi, accès au soin). Au niveau individuel, on remarque chez certaines victimes une tendance à l’isolement et un manque de recherche de soutien social. À travers l’ensemble de ses facteurs, la discrimination peut ainsi mener à une fragilisation de la structure psychologique des personnes qui en sont victimes. Les études montrent en effet que les personnes discriminées sont plus à risque de développer des troubles psychiatriques, tels que des troubles anxieux (anxiété généralisée, phobie sociale) ou dépressifs.

Concrètement, quelles sont les répercussions sur la victime ?

Il faut savoir que la discrimination est subjective. Deux personnes confrontées à la même injustice n’auront pas le même vécu. Chacun aura sa propre interprétation et les conséquences seront différentes. Mais, dans certains cas, les victimes peuvent développer une détresse psychologique. C’est-à-dire qu’elles vont être psychologiquement fragilisées.

LA DISCRIMINATION NUIT AU FONCTIONNEMENT PSYCHOLOGIQUE DE L’INDIVIDU. UNE VICTIME POURRA ALORS PRÉSENTER UNE HUMEUR DÉPRESSIVE.

En terme de qualité de vie, les victimes auront moins de ressentie de bonheur, de plaisir, de satisfaction. Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est quand l’individu vient à internaliser le racisme vécu. C’est-à-dire que la personne va accepter les stéréotypes de la société et va les intégrer, en allant jusqu’à les reconnaitre comme étant une vérité établie. Elle finira par se rabaisser et se discriminer elle-même. Lorsque la victime arrive à ce stade, elle se mettra des barrières et n’osera pas à aller de l’avant. Elle s’isolera alors davantage.

Ce danger se présente surtout aux enfants. L’enfant n’étant pas toujours en capacité de reconnaître une injustice comme telle, le racisme vécu peut vite se transformer en une vérité absolue. L’internalisation du racisme engendre une baisse de l’estime de soi, il détruit l’identité de la personne et blesse son ego.

CHEZ LES PERSONNES LES PLUS FRAGILES, LA DISCRIMINATION ET LE RACISME PEUVENT MENER À LA DÉPRESSION. ET QUI DIT DÉPRESSION, DIT RISQUE DE PASSAGE À L’ACTE SUICIDAIRE.

Aussi, ce phénomène aura des répercussions sur les performances scolaires et professionnelles. Les enfants victimes vont croire qu’ils sont légitimement inférieurs et cela se traduira au niveau de leur production, chez les adultes aussi.

Existe-t-il des discriminations plus importantes que d’autres psychologiquement parlant ? 

IL N’Y A PAS DE DISCRIMINATION PLUS GRAVE QUE D’AUTRES, MAIS IL Y A DES CONSÉQUENCES PLUS IMPORTANTES QUE D’AUTRES !

Au niveau personnel, on ne peut pas comparer les discriminations. Chacun a son vécu subjectif propre, qui mènera à des conséquences plus ou moins délétères. Aussi, chaque racisme s’inscrit dans une situation spécifique, et des risques particuliers. Par exemple, la discrimination à l’emploi engendrera la précarité pour la victime.

La discrimination est-elle surmontable ?

Oui ! Elle est surmontable. En psychologie, on ne peut rien généraliser. C’est vraiment au cas par cas, tout dépend de la personnalité de l’individu. Certaines personnes vivront moins mal ce phénomène que d’autres. Mais, il y a toujours une possibilité de s’en sortir. L’estime de soi reste la première touchée dans la discrimination, il faut donc travailler l’image de soi pour empêcher l’individu de se fragiliser.

Dans la société, le racisme est très répandu, c’est un fait, mais, il est surtout moins tabou de nos jours. Il est donc plus facile d’en parler autour de soi. Le fait de communiquer et de dire à son entourage qu’on se sent victime de discrimination va permettre de mettre un mot à l’injustice subie et ainsi de réduire le mauvais impact sur l’estime de soi. La victime doit avoir un bon soutien social, en parler avec des amis, à sa famille ou à sa communauté par exemple.

Comment surmonter la discrimination ?

C’est très important d’en parler. De se ressourcer, chaque individu peut puiser dans ses ressources personnelles. Il faut essayer de trouver la force pour surmonter ce combat, en réalité on est jamais seul à vivre cette injustice. Je pense qu’il serait judicieux d’en parler avec les personnes qui vivent la même situation. Il faut vraiment essayer de résoudre le problème et ne pas le fuir. Travailler sur l’estime de soi et se rebooster un maximum.

Aussi, le travail doit également se faire au niveau social, notamment à travers la recherche de soutien social. Mais pour construire une société moins discriminante, il semble aussi important de favoriser l’échange, car cela aide à déconstruire les stéréotypes négatifs que nous véhiculons. L’idéal ce serait de tendre vers une société dans laquelle le racisme n’a plus sa place et cela sera possible uniquement grâce au dialogue. Bien que ce soit parfois dur, les victimes peuvent participer à la décontraction des clichés, en montrant au discriminant la juste image d’eux-mêmes. Car le racisme naît de l’ignorance et de la désinformation.


Le cabinet de Dima Sawaf se situe au 41 Bd Charonne 75011.

Dima.sawaf@gmail.com

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