Accueil Ruelle des indiscrets « la discrimination pousse au communautarisme »

« la discrimination pousse au communautarisme »

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Elle s’appelle Aïcha et elle a 28 ans. Il y a dix ans, cette jeune femme vivait une situation particulière mais elle ne pensait pas que cette discrimination changera le cours de sa vie.

Une rétrospective s’impose pour comprendre le parcours d’Aïcha. En 2007, cette jeune femme d’origine marocaine intègre la faculté des Sciences Humaines à Caen. Enthousiaste, elle commence la première année d’une licence d’histoire. Son enthousiasme est vite rattrapé par la réalité. Elle découvre qu’elle est la seule femme voilée de sa promotion.

L’heure du premier cours magistral sonne. Elle prend place dans l’amphithéâtre bondé d’étudiants. Tout aurait pu bien se passer si la maîtresse de conférence n’avait pas remarqué son foulard. À peine rentrée, cette dernière refuse de faire cours car la présence d’Aicha lui est insupportable.

La franco-marocaine se souvient parfaitement de la scène. Elle se remémore :

« La prof m’a pointé du doigt et m’a dit mademoiselle vous sortez, il m’est impossible de faire cours aux femmes voilées. Vous comprenez c’est de l’oppression. Je connais votre culture, j’ai été une fois en Egypte. Je suis féministe et je ne supporte pas le voile, signe évident de soumission ».

Choquée, l’étudiante quitte l’amphithéâtre. Elle apprendra par la suite qu’elle sera prise en charge par une autre professeure. Mais, la jeune femme de 18 ans ne l’entend pas de cette façon, elle n’a pas oublié l’humiliation subie.

Elle se souvient : « J’ai commencé à travailler davantage, je voulais prouver que j’étais capable, que je n’étais pas opprimée et encore moins soumise. J’ai réussi mon pari. Me montrer irréprochable était ma façon de me venger ».

Trois ans plus tard, Aicha finit par obtenir sa licence avec succès. Elle décide de ne pas poursuivre en master malgré ses bons résultats. Elle quitte l’université à contrecoeur. Une décision qu’elle regrette aujourd’hui.

« J’avais commencé les démarches pour m’inscrire en quatrième année, mais j’en avais marre de cette ambiance. Alors j’ai tout arrêté. Mais je regrette de ne pas avoir continué. Je regrette de m’être mise des barrières. Je pensais que personne n’allait m’accepter en portant le voile. Je ne l’ai pas fait, c’est dommage ! » explique-t-elle.

Après cette décision, la jeune femme de vingt ans apprendra à ses dépens que la discrimination n’est pas propre à l’environnement universitaire. En dépit d’un CV de qualité, Aïcha ne trouvera pas de travail. Elle décide de travailler dans l’industrie du halal. Ce à quoi elle ajoute :

« Le problème, c’est que la discrimination pousse parfois vers le communautarisme. on a l’impression de se faire rejeter, d’être marginalisé alors on se réfugie parmi les siens ».

Mais, la jeune femme de 28 ans reste optimiste et prends du recul sur sa situation.

« Ce n’est pas évident d’être une femme, et encore moins d’être une musulmane voilée pour se faire une place sur le marché de l’emploi mais tout n’est pas noir. Il faut se battre. Aujourd’hui, j’ai un poste qui me plait avec des responsabilités. Il faut que les femmes voilées arrêtent de se mettre des barrières. Elles doivent assumer leur choix. Et puis malgré tout, la discrimination offre des opportunités aux victimes de devenir entrepreneur ».

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